






À la lecture de ce rapport d’activité, vous constaterez que cette année encore, l’AARS a poursuivi ses missions d’accueil, d’hébergement, d’accompagnement et d’insertion avec engagement, détermination et conviction.
Ces pages donnent aussi à voir, au-delà des chiffres et des dispositifs, le professionnalisme, l’énergie et l’investissement déployés chaque jour par l’ensemble des salariés au service des personnes accueillies et accompagnées. Qu’ils en soient ici sincèrement remerciés, tout comme les bénévoles et administrateurs qui contribuent, à leurs côtés, à faire vivre notre projet associatif.
Pourtant, jamais notre association n’a eu à agir dans un environnement aussi incertain, contraint et mouvant.
Le constat est désormais partagé par l’ensemble du secteur : nos associations de solidarité sont entrées dans une zone de fragilité critique. En septembre 2025, la Fédération des Acteurs de la Solidarité publiait une enquête alarmante sur l’état économique des associations :
• Une association sur deux voit sa situation financière se dégrader ;
• Une sur quatre est aujourd’hui menacée de disparition ;
• 25 % disposent de moins de deux mois de trésorerie ;
• 58 % n’ont aucune visibilité financière au-delà d’un an.
Ces chiffres ne traduisent pas une difficulté passagère. Ils révèlent un épuisement structurel du secteur associatif pourtant indispensable à la cohésion sociale.
Le rapport conjoint IGAS–IGA–IGF de mai 2025 consacré à l’hébergement d’urgence confirme ce diagnostic. Depuis 2019, le secteur fait face à une sous-budgétisation chronique. Les conséquences sont connues : versements irréguliers, ajustements budgétaires permanents, absence de visibilité, tensions de trésorerie et gestion à court terme. Les opérateurs associatifs doivent absorber des charges croissantes - évolution imposée des conventions collectives, hausse des coûts de fonctionnement - sans sécurisation durable des financements publics. À cette instabilité financière s’ajoute une crise profonde des ressources humaines. Le secteur des solidarités connaît des difficultés de recrutement inédites : postes vacants pendant plusieurs mois, turn-over élevé depuis la crise sanitaire, épuisement des équipes. Pour maintenir la continuité de l’accompagnement, les associations recourent de plus en plus à l’intérim, dans des conditions économiques devenues difficilement soutenables.
Cette situation nationale trouve aujourd’hui une traduction concrète et particulièrement préoccupante pour l’AARS. La réforme de la tarification des CHRS, prévue au 1er janvier 2027, introduit un mécanisme de convergence tarifaire susceptible d’entraîner des conséquences majeures sur notre équilibre économique, notre organisation et notre capacité d’accueil. Dans le même temps, les dispositifs d’hébergement d’urgence sont désormais évalués selon des indicateurs de performance - taux d’occupation, durée des séjours, accès au logement - qui renforcent une logique gestionnaire parfois déconnectée de la réalité des parcours des personnes accompagnées.
Les dispositifs liés à l’asile demeurent, eux aussi, soumis à de fortes incertitudes politiques. La perspective de création d’un dispositif d’accueil unique autour du CADA entraînera, dans les prochaines années, la transformation progressive des places HUDA via des appels à projets régionaux. Les 550 places actuellement gérées par l’AARS seront ainsi remises en concurrence.
S’ajoute l’échéance, en mars 2027, d’un marché public portant sur 240 places d’hébergement d’urgence, sans aucune visibilité à ce jour sur sa reconduction éventuelle.
Enfin, l’avenir de nos activités d’insertion par l’activité économique apparaît lui aussi fragilisé. Soumis depuis plusieurs années à un sous-financement chronique, leur modèle économique atteint désormais ses limites.
Comme si cela ne suffisait pas, notre association devra également absorber, dès août 2026, la disparition des accords CHRS et l’intégration à la convention collective 66. Cette évolution réglementaire, qui s’impose à nous, représentera un surcoût estimé à 5,5 % de notre masse salariale, soit pour 380 salariés, sans compensation annoncée ni pour 2026 ni pour 2027.
Il ne s’agit pas ici de contester la nécessaire transparence dans l’utilisation de l’argent public, ni le principe d’une harmonisation des financements. Les associations de solidarité assument pleinement les exigences d’évaluation et de contrôle.
Mais il devient impossible de construire des réponses sociales durables dans un contexte d’instabilité permanente.
Transformer une offre d’hébergement, développer un projet éducatif, adapter un patrimoine immobilier, recruter et fidéliser des professionnels : tout cela exige du temps, des moyens sécurisés et une visibilité minimale. Or c’est précisément cette capacité de projection qui fait aujourd’hui défaut.
Face à cette situation, nous devons pourtant continuer à agir.
Notre responsabilité est d’abord de faire évoluer nos réponses sociales à partir des besoins réels des publics accompagnés, y compris lorsque ces besoins restent insuffisamment pris en compte par les politiques publiques.
Nous devons également renforcer les coopérations. Les situations de précarité sont complexes, imbriquées, multifactorielles. Aucune structure ne peut y répondre seule. Le décloisonnement entre acteurs sociaux, sanitaires et médico-sociaux devient une nécessité.
Nous devons aussi mutualiser davantage nos fonctions supports afin de consolider nos organisations : ressources humaines, ingénierie de projets, qualité, systèmes d’information, gestion financière ou patrimoniale. Les associations de taille modeste ne peuvent plus assumer isolément l’ensemble de ces compétences stratégiques.
Enfin, nous devons faire évoluer notre modèle économique. Sécuriser notre patrimoine immobilier, diversifier nos ressources, développer de nouveaux outils de financement privés ou hybrides - fonds de dotation, structures immobilières, partenariats - sont désormais des enjeux de pérennité.Mais au-delà des restructurations et des adaptations techniques, l’essentiel demeure ailleurs : préserver le sens de notre engagement collectif.
La crise actuelle des associations de solidarité ne menace pas seulement des budgets ou des organisations. Elle menace des missions et activités essentielles auprès des personnes les plus fragiles. Elle menace aussi ce que représentent profondément les associations dans notre société : des espaces d’engagement, de participation citoyenne, d’innovation sociale et de démocratie concrète. Affaiblir durablement le tissu associatif, c’est prendre le risque d’une société plus fragmentée, plus inégalitaire et plus vulnérable.
Les associations de solidarité ne demandent pas des privilèges. Elles demandent les conditions minimales pour continuer à remplir leur mission.








